NO SIGNAL

NO SIGNAL  est un ensemble d’œuvres (peintures, dessins, imprimés, vidéos, photographies, GIFs, dispositifs sonores, sculptures, etc.) qui se recomposent en fonction des accrochages et des lieux d’exposition. Certaines toiles et dessins sont éclairés par un vidéo-projecteur.

Le projet NO SIGNAL propose une immersion dans le monde des sextoys et des sexcams. 

Les modèles des sexcams sont des personnes qui affichent leur corps sur des plateformes Web contre rémunération. Sur certains sites Web, des modèles, installés dans un salon, communiquent par tchat avec des internautes et s’exhibent en jouant avec un sextoy connecté. Le sextoy offre la possibilité d’être interfacé avec les sites de camming afin que les utilisateurs puissent payer pour prendre le contrôle à distance du sextoy du modèle.

NO SIGNAL – Vues d’atelier – 2023

Certaines toiles et certains dessins sont des nus réalisés d’après des modèles (live cam girls, live cam boys, live cam trans). D’autres éléments renvoient à la vie des modèles sur le réseau. D’autres encore mettent à nu les conditions média-techniques du sextoy connecté.

Les nus sont parfois mis en lumière par un vidéo-projecteur non connecté installé sur trépied.  La lumière bleue par défaut du vidéo-projecteur révèle certains traits et renforce les contrastes. Le vidéo-projecteur sur trépied est comme un clin d’œil aux caméras de camming. L’inscription “NO SIGNAL” parcourt la toile, d’où le titre du projet.

NO SIGNAL ?

Une “chambre” de sexcam, c’est un smartphone conversant avec l’internaute ou un clavier posé sur un lit. Mais le cœur de la relation internétique du regardeur et du modèle se situe dans un sextoy connecté, pointant vers le siège du désir, ou plutôt du plaisir, jouant ici comme un Index bien connu de l’histoire de l’art. Il a valeur de signe, c’est-à-dire instaure le sens de l’image, montre qu’il y a quelque chose à voir et peut-être une histoire à découvrir et à comprendre. Sur les écrans de camming, les poses et le cadrage sont souvent aussi improbables que dans la Chapelle Sixtine. La légèreté des caméras de streaming, qui sont souvent des smartphones sur trépied, fait ici son office. Bref, il y a matière à voir. Cela dit, à l’instar de Dieu créant Adam, l’internaute ne touche le modèle qu’à distance. L’internaute croit agir sur un corps, créer du plaisir et cela l’excite. Mais, contrairement à l’Index divin, dont on peut supposer que, comme tout index, il est sensible, le sextoy ne l’est pas. Un sextoy ne ressent rien et ne communique rien à l’émetteur des signaux. Le feedback est fantasmé. Autrement dit, l’internaute ne connaîtra jamais la nature de son action. La création de jouissance reste de l’ordre de l’imaginaire. Le réel se situe dans l’appareil. Et ce réel dit qu’en toute apparence il n’y a pas de signal. NO SIGNAL. C’est écrit.